Du 4 au 12 août 2026, l’ANCS a mené une mission de supervision auprès des Leaders Bajenu Gox (LBG) dans les régions de Kaolack (4 districts), Tambacounda (7 districts) et Kaffrine (4 districts). Cette activité s’inscrit dans le cadre de la composante
eTME du programme financé par le Fonds mondial, qui mobilise près de 6 000 Bajenu Gox afin d’identifier les femmes enceintes non connectées aux soins et de les accompagner vers les structures de santé. À l’aide d’un guide d’entretien structuré, les échanges ont notamment porté sur les formations reçues, les tâches prévues dans le mandat initial et celles actuellement exercées, les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des activités, ainsi que sur la gouvernance associative, la gestion des outils et la gestion financière.
Le constat se renforce à l’issue des supervisions : les Bajenu Gox jouissent d’une forte confiance des communautés et d’une reconnaissance soutenue des autorités sanitaires et administratives. Ce constat est d’ailleurs justifié par l’impact de leur contribution dans la vie des communautés, à travers un meilleur suivi des consultations prénatales et postnatales, un respect du calendrier vaccinal, recul des accouchements à domicile, retour dans le circuit de soins de femmes perdues de vue, meilleur suivi des grossesses précoces, renforcement de la lutte contre les VBG.
Les récits recueillis sont parlants : un nouveau-né abandonné sauvé à Porokhane par une Bajenu Gox, un enfant atteint d’ictère transféré en urgence à Kaffrine, une jeune
fille menacée après une grossesse imposée et réinsérée à l’école, un suicide évité chez une femme enceinte. À Tambacounda, particulièrement à Makacoulibantang, qui est un district avec une absence totale de formation a réussi à produire des résultats de
terrain réels.
Officiellement, les Bajenu Gox sensibilisent, orientent et accompagnent. En pratique, elles luttent contre les violences basées sur le genre et les mariages précoces, aident aux déclarations d’état civil, favorisent la scolarisation des filles, réalisent moultes médiations conjugales, soutiennent l’enrôlement à la Couverture sanitaire universelle et apportent parfois un appui financier de leur poche. À Tambacounda, les rapporteurs dénombrent dix-huit types de tâches informelles contre six tâches officielles.
Les besoins exprimés lors de la mission de supervision portent sur le renforcement de compétences sur les violences basées sur le genre, la communication, l’eTME et l’entrepreneuriat. La collecte de données reste un point sensible du fait du remplissage difficile des fiches, notamment pour les membres peu instruits ou alphabétisés. A ce titre, la simplification et la digitalisation des outils, avec des supports iconographiques, sont proposées comme pistes de solution.
Par ailleurs, une demande cruciale des badjenu gox est ressortie, il s’agit d’accompagner la formalisation des associations les plus fragiles (Nioro, Malem Hodar, Makacoulibantang) et de renforcer le dialogue entre Bajenu Gox, équipes de district et prestataires. Enfin, cette mission a permis de révéler un dispositif communautaire dynamique, dont l’efficacité repose encore largement sur l’engagement bénévole de ses leaders. La pérenniser suppose un appui institutionnel, logistique et financier à la hauteur de l’impact obtenu.


